Pour les footballeuses du Bangladesh, un parcours semé d'obstacles jusqu'à la Coupe d'Asie

La capitaine de l'équipe du Bangladesh de football, Afeida Khandaker, répond aux journalistes lors d'une conférence de presse à Dacca, le 19 février 2026

15h52 CET

05/03/2026

La sélection féminine de football du Bangladesh participe pour la première fois à la Coupe d'Asie, l'aboutissement d'un rêve pour ces joueuses qui ont surmonté bien des obstacles, sur le terrain comme en dehors. 

Les Bangladaises ont perdu mardi contre la Chine, tenante du titre, lors de leur entrée en lice (2-0) à Sydney, où elles enchaîneront vendredi par un deuxième match contre la Corée du Nord.

Mais participer à la compétition organisée en Australie ressemble déjà à une victoire pour cet effectif très jeune et novice à ce niveau.

"Ma sœur et moi voulions devenir footballeuses et, à cause de cela, mes parents — surtout ma mère — ont dû endurer des paroles très blessantes", se souvient Afeida Khandaker, 20 ans, capitaine de l'équipe.

Dans ce pays d'Asie du Sud de 170 millions d'habitants à majorité musulmane, les femmes pratiquant une activité sportive sont souvent vues d'un mauvais œil et subissent une forte pression sociale, dans une société où le mariage précoce reste courant.

"Rien que de pouvoir parler de l'équipe féminine est un privilège pour moi", souligne auprès de l'AFP Saiful Bari Titu, 53 ans, un des cadres techniques de la Fédération bangladaise de football, en marge d'un entraînement de l'équipe nationale juniors au stade national de Dacca. "Elles ont dû affronter de nombreux mouvements hostiles."

- Visibilité -

Ces jeunes femmes sont habituées à se battre, pas seulement sur un terrain de foot.

"Nos jeunes footballeuses viennent de familles défavorisées et il est souvent impossible pour les familles de les aider financièrement", explique Khandaker Arif Hossain Prince, le père de la capitaine, à la tête d'un centre de formation de foot féminin.

"Certains parents sont conducteurs de +rickshaw+ (taxi tricycle, ndlr), ouvriers ou vendeurs de thé... Ils n'ont pas les moyens (de les soutenir). J'ai envie d'abandonner moi aussi à chaque fois que je vois une fille quitter le terrain", confie-t-il à l'AFP.

"Beaucoup nous auraient rejointes si la communauté avait été juste un peu plus bienveillante", affirme sa fille Afeida, originaire de Satkhira, dans le sud du Bangladesh, une circonscription où des députés islamistes ont remporté plusieurs sièges lors des législatives du 13 février.

Beaucoup ont été contraintes d'arrêter le football après l'école primaire, affirme‑t‑elle, des voisins se plaignant de voir des adolescentes jouer en short.

Le sélectionneur national Peter Butler a dit espérer, dans un entretien accordé à la Fifa, que leur participation à la Coupe d'Asie permettra de "donner une visibilité bien plus large à leurs talents".

"L'objectif principal  est de poser des bases solides et de construire un projet qui permette au Bangladesh de continuer à se qualifier", a-t-il ajouté.

Ennima Khanom Richi, 20 ans, a vu nombre de ses coéquipières abandonner le foot, notamment après avoir été contraintes de se marier dans le cadre d'unions arrangées.

- Les mentalités évoluent -

"Les familles ne supportent souvent pas la pression sociale, alors elles empêchent leurs filles de jouer", regrette la joueuse qui évolue dans un championnat local.

Les deux années de crise qui ont suivi la chute du régime autoritaire de l'ex‑Première ministre Sheikh Hasina, en août 2024 après de violentes émeutes, n'ont rien arrangé.

Mais le travail de terrain de la BFF, qui dure depuis plusieurs années, commence à porter ses fruits.

Plus de 40 clubs de football à travers le pays forment aujourd'hui des filles dès l'âge de neuf ans.

"Nous n'avions même pas d'équipe nationale féminine avant 2008", se souvient Mahfuza Akter Kiron, 59 ans, responsable de la section féminine de la BFF.

 Les salaires perçus par les joueuses de l'équipe nationale restent modestes mais apportent une certaine sécurité financière à des dizaines de familles.

"Je voulais offrir un moyen de subsistance aux footballeuses", explique Mme Kiron.

Dans le même temps, les sponsors commencent à s'intéresser au football féminin et les mentalités évoluent. Désormais, les gens "se rassemblent pour me voir quand je rentre chez moi", se félicite Afeida Khandaker Khandaker, la capitaine de l'équipe nationale.

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