07h43 CET
28/01/2026
Jannik Sinner, froidement en quête d'un cinquième titre du Grand Chelem, et Ben Shelton, adepte du bruit et de la fureur mais qui n'a encore jamais joué de finale majeure, s'affrontent mardi à l'Open d'Australie pour se hisser dans le dernier carré.
L'an dernier, ce duel avait eu lieu en demies justement, et Sinner s'était imposé avant de décrocher le titre deux jours plus tard, son deuxième consécutif à Melbourne.
Cette défaite a laissé un goût amer à Shelton qui rumine depuis douze mois: "il me reste des choses à prouver", aime-t-il a répéter.
Car à 23 ans, il est encore en quête d'une démonstration par les faits de son talent dont il est persuadé qu'il ne s'est jamais aussi bien exprimé que durant cette quinzaine australienne.
"Mon jeu est très différent de l'année dernière. Mon jeu au filet est devenu un énorme atout. La façon dont je varie du fond du court est aussi très différente de l'an dernier. Je n'ai jamais aussi bien frappé mon coup droit, je le contrôle super bien. Mon retour a aussi beaucoup progressé et j'ai l'impression que je peux y aller, je n'en manquerai pas un", analysait-il après sa victoire en quatre sets en 8e de finale contre Casper Ruud.
- Turbulent -
Une rencontre, durant laquelle Shelton a fait monter le tensiomètre, en flirtant avec le dérapage.
"Je t'ai entendu, ça va", a-t-il notamment répondu à l'arbitre, après l'avoir regardé de longues secondes droits dans les yeux depuis son banc à un changement de côté. L'arbitre venait de lui faire une remarque au sujet de son attitude vis à vis de son adversaire.
"Le public ici est turbulent et j'aime être turbulent", assume le 7e joueur mondial, passé par le circuit universitaire américain et ses matchs surchauffés devant des publics farouchement partisans.
Alors les spectateurs de Melbourne, prompts à se passionner bruyamment, sont souvent de son côté, lui qui s'était fait un nom au Melbourne Park en 2023 lorsqu'il avait atteint les quarts de finale à l'occasion de son tout premier voyage en dehors des Etats-Unis.
Avec son casque sur les oreilles et un débardeur sur le dos, il est, selon l'ancien N.1 Jim Courrier, l'un des joueurs qui a le plus "le swag" (le style, ndlr) dans les couloirs du stade. Pas étonnant que Roger Federer, pourtant si classique lui-même, ait choisi le jeune Américain pour promouvoir sa marque de vêtements de tennis.
- Gucci x Sinner -
Sinner, lui, c'est tout l'inverse. Egérie du plus luxueux Gucci, c'est sans fracas qu'il avance dans le tournoi. Plus âgé d'un an seulement que Shelton, il jouit d'une expérience décuplée et d'un mental trempé dans l'acier depuis déjà huit saisons sur le circuit où il évolue désormais en implacable prédateur à sang froid.
Il a notamment joué les finales des cinq derniers tournois du Grand Chelem et en a remporté trois (US Open 2024, Australie et Wimbledon 2025), en plus de l'Open d'Australie 2024.
Après un énorme coup de chaud samedi lors de son match du troisième tour, au cours duquel il a dû pousser à bout son corps perclus de crampes, Sinner s'est remis sur les rails en 8e de finale avec une "très solide performance", pour battre en trois sets sans grande discussion son compatriote Luciano Darderi (25e).
Le N.2 mondial, au jeu d'une très rare efficacité mais qu'il jugeait trop lisible depuis sa défaite en finale de Roland-Garros l'an dernier face à Carlos Alcaraz, est satisfait du travail réalisé depuis.
"J'essaye d'être plus imprévisible et il semble que ça fonctionne", s'est-il félicité en notant également son gain d'efficacité au service (19 aces contre Darderi).
Shelton, lui, dispose depuis bien longtemps d'un service surpuissant qu'il doit même gérer pour ne pas s'arracher coude et épaule. Alors depuis 2023, c'est son mental qu'il a fait progresser :"Je suis bien plus concentré. Je suis honnête avec moi-même, mais je suis de plus en plus confiant en mon potentiel et ça ne s'arrêtera pas", affirme-t-il.
Comme lui, les spectateurs attendent avec impatience le duel avec le froid Sinner.