Foot: le Cap-Vert, petit pays "aux anges" et "fier" avant sa première Coupe du Monde

Des élèves de l'école de football "Bola pra Frente" s'entraînent le 18 mai 2026 à Praia au Cap-Vert

12h42 CEST

01/06/2026

"Nous sommes un petit pays mais le rêve est grand!", lance tout sourire Silvéria Nédio en couvant des yeux les jeunes apprentis footballeurs de son école bataillant sur le terrain à Praia, son émotion résumant la "fierté" et la ferveur du Cap-Vert avant son premier Mondial.

Vivacité et ardeur se disputent la primeur ce matin de fin mai à l'école "Bola pra Frente" (Aller de l'avant), où des élèves de huit à 15 ans s'entraînent dès 08h00.

"Mais fais circuler le ballon !", s'emporte un adolescent, regard exaspéré et bras ballants...

"Joue ! Joue !", crie alors l'entraîneuse Josiene Lopes, 25 ans.

Dribbles efficaces, crochets, chutes à plat ventre et jolis buts sont accueillis à grands cris, visages juvéniles perlant de sueur.

Pour la première fois de son histoire, le Cap-Vert s'est qualifié pour la Coupe du Monde. Avec ses quelque 520.000 habitants, cet archipel volcanique de dix îles est l'un des plus petits pays au monde en superficie et en nombre d'habitants à se qualifier.

- "Joie inexplicable" -

"Pendant la compétition, le Cap-Vert sera regardé comme la France, l'Argentine, comme l'une des grandes équipes mondiales!", lance à l'AFP Silvéria Nédio, dite "Nita", 60 ans, charismatique présidente de l'école Bola pra Frente, dans la capitale Praia. Son école compte plusieurs anciens élèves dans la sélection du Mondial.

Egalement entraîneuse de l'équipe féminine de foot du pays, elle a commencé à jouer "à l'âge de six ans, dans la rue, avec les garçons".

Pour Rafael Semedo, élève de 14 ans, la qualification "prouve qu'avec beaucoup d'entraînement et d'engagement c'est possible d'atteindre des objectifs importants!".

A travers l'archipel, les écoles se sont multipliées ces dernières années et ont vu leurs inscriptions augmenter depuis la qualification pour le Mondial de l'équipe des Requins bleus, comme la réputée Escola de Preparação Integral de Futebol (EPIF), qui compte également plusieurs anciens élèves dans la sélection du Mondial.

Dans un quartier périphérique de Praia, Odair Rodrigues, entraîneur à l'EPIF, est écouté religieusement par ses élèves assis en cercle.

Puis les jeunes entament leur échauffement, tapant dans les mains en rythme, cohabitant avec des gamins du quartier défavorisé, jouant au ballon pieds nus.

Pour Odair, cette qualification "représente le rêve de beaucoup d'entraîneurs et de footballeurs cap-verdiens, le rêve d'un peuple!". "Ma mission est de continuer à nourrir cet enthousiasme des jeunes", estime-t-il.

"Mes grands-parents et mes parents n'ont jamais vu la sélection se qualifier au Mondial... c'est une joie inexplicable !", lance de son côté Luciano Correia, 16 ans.

"On va faire face à des sélections très fortes mais il faut y aller la tête haute; qu'on gagne ou perde ça aura été une bonne expérience", dit-il, résumant l'état d'esprit des Cap-Verdiens alors que l'archipel affronte l'Espagne dès son premier match le 15 juin.

L'engouement est immense autour des Requins bleus comme l'a démontré l'accueil qui leur a été réservé lors de leur tournée de plusieurs îles fin mai: concert de battucada déchaînée, bains de foule, joueurs signant les T-shirts de gamins fascinés, vendeuses du marché de Mindelo improvisant une chorégraphie chaloupée...

"Tout le peuple du Cap-Vert est fier de l'équipe et les gens sentent que l'équipe est le miroir de notre peuple", s'enthousiasme auprès de l'AFP le sélectionneur Pedro Leitão Brito.

Depuis près de 16 ans en équipe nationale, le capitaine Ryan Mendes dit avoir "toujours rêvé" de ce moment. Il espère que la Coupe du Monde "va ouvrir des portes à beaucoup de jeunes".

"Il y a du talent dans tous les sports. Il y a de la musique aussi. Il y a beaucoup de choses à voir dans ce pays!".

- "Talent naturel" -

Les Requins bleus bénéficient d'une plus grande couverture médiatique ces dernières années. Les jeunes n'ont plus seulement comme référence Messi ou le football européen, mais des joueurs de la sélection.

"Notre niveau est très bon (...) et nos enfants ont du talent naturel, mais nous n'avons pas beaucoup de moyens" pour la formation, tient à souligner Nita.

Comme souvent dans l'archipel le soir, weekend ou jour férié, la plage de la Gamboa à Praia est ce soir là prise d'assaut par des joueurs, avec les moyens du bord. On joue pieds nus, les chocs et le jeu sont intenses, des pneus délimitent les buts.

En sueur, Jorge Pina, 35 ans, estime que le "pays est aux anges" avant le Mondial.

"Le football, c'est la cachupa (le plat national, NDLR) pour nous ! Du football le matin, l'après-midi, le soir... Le Cap-Vert, c'est le football !".

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