08h12 CEST
16/04/2026
Le président de la fédération de football de Curaçao Gilbert Martina estime dans un entretien à l'AFP que la route vers le Mondial-2026 a été un "périple divin", voyant même des signes ésotériques dans le parcours du plus petit territoire jamais qualifié pour la compétition reine du football.
Invaincue lors de sa campagne qualificative, l'équipe nationale baptisée la "Blue wave" affrontera dans le groupe E l'Allemagne, la Côte d'Ivoire et l'Equateur. D'une superficie de 444 km² pour un peu moins de 160.000 habitants, cette île des Antilles néerlandaises compte seulement quelque 4.000 licenciés de football dans un pays où le baseball est le premier sport.
Une des figures de Curaçao, Gilbert Martina, 55 ans, a donné toute sa confiance au nouvel entraîneur néerlandais Fred Rutten, ancien coach aux Pays-Bas de Twente, PSV, Feyenoord ou de Schalke 04 en Allemagne, après le départ de l'expérimenté Dick Advocaat.
Advocaat, qui a quitté la sélection pour s'occuper de sa fille malade, ne sera pas consultant lors de la Coupe du monde comme évoqué par certains médias.
"Fred Rutten est notre entraîneur principal et Dick n'est pas un conseiller. Il vaut mieux ne pas avoir deux discours différents. Deux capitaines sur un navire, ça n'a jamais fonctionné. Donc pour nous, c'est Fred", souligne auprès de l'AFP M. Martina, qui reconnaît que le départ d'Advocaat est une "perte".
- "L'esprit et le mental" -
Auteur notamment d'un livre de motivation, "Healthy Minds, Healthy Nation" (Esprits sains, nation saine), M. Martina estime que le remarquable accomplissement de Curaçao résulte d'"un périple divin, parce que tout cela ne s'est pas fait du jour au lendemain".
"Cela a été un processus, un parcours qui a commencé en 2010", au moment de la dissolution des Antilles néerlandaises, "avec beaucoup d'efforts, beaucoup de sacrifices, beaucoup de bas, mais aussi beaucoup de hauts, qui ont culminé avec la qualification le 18 novembre, où l'on voyait clairement que c'était écrit", dit-il, évoquant le penalty sifflé en faveur de la Jamaïque puis annulé après visionnage de la VAR lors du dernier match.
"Il nous manque des ressources, des infrastructures... On peut énumérer sans fin tout ce que nous n'avons pas. Mais, il y a une chose dont nous ne manquons pas: c'est l'esprit et le mental", assène-t-il.
"La qualification n'est pas seulement une histoire de football, c'est une source d'inspiration, de fierté, c'est une identité. Une fois que nous alignons nos esprits et nos objectifs sur quelque chose de plus grand que nous, nous pouvons accomplir énormément. Tout est impossible jusqu'à ce que ce soit fait. Et seuls ceux qui peuvent voir l'invisible peuvent accomplir l'impossible", assure-t-il.
"Les joueurs ne jouent pas seulement pour eux-mêmes, pour leurs familles, mais pour toute la nation. Ils jouent guidés par un but. Une fois que vous alignez votre objectif individuel avec un objectif plus vaste, alors la magie opère!", assure le responsable de la fédération.
- Accomplir l'impossible -
"Vous commencez à vous mettre au service d'une cause plus grande, ce qui fera que des choses qui semblent impossibles deviennent possibles. Et c'est ce qui est arrivé avec Curaçao", conclut-il, espérant désormais un exploit au Mondial.
"Si nous parvenons à retrouver la même énergie et le même état d'esprit que lors du match de qualification contre la Jamaïque, beaucoup de choses peuvent arriver. L'ambition, c'est de se qualifier au moins pour le tour suivant, et à partir de là, tout est possible. Avec trois ou quatre points, on a quasiment un pied" en 16es de finale, dit-il.
Le président veut aussi pérenniser le football avec une organisation rationnelle et exemplaire de la fédération. "Nous avons un dicton local qui dit: +le poisson commence à pourrir par la tête+. Autrement dit, si la direction de la fédération n'est pas en paix, n'est pas structurée, n'a pas la bonne gouvernance en place, cela se reflétera sur le terrain".
"Notre tâche, en tant que fédération, est de veiller à créer une fédération durable, qui dispose des moyens d'investir dans les infrastructures, dans la gouvernance et dans le développement en faveur de la jeunesse", souligne-t-il, assurant que la qualification n'est pas une fin en soi et que celle-ci en appelle d'autres.